La politique de développement des filières doit d’abord privilégier les besoins locaux, tant dans la production, la transformation, la commercialisation des produits, que dans l’approvisionnement des marchés régionaux et nationaux ainsi que la satisfaction des consommateurs maliens. Les marchés sous-régionaux seront également considérés avant les autres marchés internationaux.
Une filière agricole regroupe l’ensemble des activités agricoles et péri-agricoles relatives à une production spécifique. Elle a pour vocation de dynamiser les activités économiques liées à la production, la transformation et la commercialisation d’un produit agricole.
Les activités concernées par une filière agricole sont :
la production agricole elle-même ;
la recherche et la vulgarisation permettant d’améliorer cette production ;
l’approvisionnement en intrants et la production locale d’intrants ;
les équipements nécessaires à la production ;
la collecte de la production (transport, stockage) ;
la transformation de la production (industrie, artisanat, transformation de base et produits dérivés) ;
la commercialisation de la production (transformée ou non, pour les marchés locaux, nationaux, sous-régionaux et internationaux) et l’équipement des marchés ;
la promotion et la mise en valeur des produits (études de marchés, intervention visant à l’amélioration des cours) ;
les services financiers (banques, institutions de micro-finance, fonds) ;
l’information aux consommateurs.
Un exploitant agricole, un opérateur privé, une organisation paysanne, ou tout autre acteur peut participer à plusieurs filières selon ses différentes productions ou activités.
Il peut y avoir plusieurs regroupements d’acteurs sur une même filière ou un même produit. Ces regroupements sont organisés sous forme de coopératives permettant de concilier à la fois les intérêts économiques de ses membres et leur représentativité. Il s’agit de la forme jugée la plus appropriée pour le dynamisme économique d’une filière par son efficacité et sa durabilité.
Peuvent être membres d’une organisation de filière, les producteurs ou organisations de producteurs, les opérateurs économiques ou groupes d’opérateurs impliqués dans la production, l’achat ou la distribution d’intrants et d’équipements, les organisations de conservation, transformation, conditionnement et commercialisation des produits, les services d’appui (conseil, recherche, promotion, financement) et les organisations de consommateurs.
L’adhésion à une organisation de filière est libre et volontaire. Les décisions se prennent par un système combiné permettant de prendre en compte le poids économique (chiffre d’affaires) ainsi que le caractère représentatif (nombre de membres représentés). Les décisions s’appliquent aux membres qui y ont adhéré. Une attention particulière est toutefois accordée à l’information des autres acteurs directs et indirects, ainsi qu’aux consommateurs et populations.
La structuration d’une organisation de filière dépend de la complexité du produit ou du circuit commercial. Il est toutefois préconisé plusieurs niveaux, du village (coopératives), à la commune ou la région (unions), au niveau national (fédération ayant des activités de représentations et des activités économiques). Il est aussi recommandé de formaliser les relations de travail entre les acteurs par un système de contractualisation.
Le rôle des organisations de filières est de :
développer des productions de qualité par la définition de normes, l’identification et la promotion des productions conformes, de techniques appropriées ;
promouvoir la filière par des manifestations publiques et toutes formes de marketing ;
favoriser les regroupements commerciaux et consolider les capacités de négociation des membres vis-à-vis de l’environnement ;
négocier et stabiliser les cours des échanges entre les membres de la filière.
Les organisations de filières peuvent recevoir l’appui technique et financier de l’Etat ou des partenaires au développement, toutefois elles devront être organisées de manière efficace et durable. Elles devront être supportées principalement par l’implication et le dynamisme économique de ses membres. Les ressources peuvent provenir de subventions ou dons de partenaire, de cotisations de ses membres ou d’activités économiques (marge sur les produits, prestations).
Une "Agence Nationale de Promotion des Filières Agricoles" est mise en place sous la forme d’une organisation mixte (Etat, acteurs) et comporte une assemblée générale, une structure technique et un comité de surveillance. Les parties prenantes de l’Agence sont les organisations de filières associées, les organisations paysannes nationales, les organisations de consommateurs, les chambres consulaires (APCAM, CCIM, APCMM), ainsi que l’Etat. Les décisions sont prises le plus possible au droit de vote selon le nombre d’actions (poids économique) ; leur caractère représentatif étant déjà assuré par leur qualité de membres. Les organisations de consommateurs jouent le rôle d’exigence de normes de qualité et d’accessibilité.
Des commissions et sous-commissions de travail peuvent être créées pour des filières ou regroupements de filières. Une commission devra se consacrer à la promotion et à l’appui aux filières nouvelles ou émergentes.
Le fonctionnement de ces commissions et de l’Agence devra être efficace, flexible, et transparent. Il sera conçu pour être durable et soutenable, reposant principalement sur des ressources financières locales (Etat, acteurs). Les résultats, les activités, et la gestion de l’Agence devront être transparents ; tout membre pourra avoir accès aux rapports, résultats financiers, informations et analyses produites, etc. Les ressources de l’Agence peuvent provenir de dons ou subventions, de prestations de services, cotisations de ses membres ou affiliés, de taxes perçues sur les échanges commerciaux qu’elle favorise. Les rôles et responsabilités de chaque acteur, ainsi que leurs relations de travail, devront être clairement définis et communiqués à tous les acteurs.
Le rôle premier de l’Agence est le développement des filières agricoles et le soutien aux acteurs. Elle est chargée de :
suggérer et promouvoir les actions politiques, législatives et de développement favorisant le dynamisme des filières ;
diffuser l’information sur les opportunités de développement des marchés, les moyens techniques ou financiers disponibles, les exigences techniques, les facteurs de production ;
produire et diffuser des références, résultats et bénéfices, données stratégies, analyses sur les filières. (toujours prévoir une information synthétique et accessible pour les acteurs à la base de la filière) ;
favoriser les rapprochements et les cadres de concertations entre les filières pour l’échange d’information, la multiplication des opportunités et la capitalisation des expériences positives ;
appuyer la mise en place ou le renforcement de maillons faibles ou manquants au sein des différentes filières.
encourager les initiatives nouvelles des acteurs du secteur ;
effectuer le suivi et la validation des certifications (normes et labels) développés par les organisations de filières.
gérer le Fonds national de promotion des filières agricoles.
Un fonds national de promotion des filières agricoles est crée. Ce fonds permet de supporter un fonds de roulement pour les filières, un fonds pour l’appui aux filières nouvelles ou émergentes, ainsi qu’un fonds pour faciliter l’établissement d’acteurs économiques nationaux dans les créneaux où leurs implications font défaut. Les conditions d’accès au financement ainsi que les règles de gestion et les résultats doivent être communiqués à tous les acteurs et partenaires impliqués, aux services techniques appropriés, aux collectivités territoriales. L’information aux citoyens sera également privilégiée. Le fonds ne doit pas prendre en compte les charges liées au fonctionnement de la structure.
L’Etat doit jouer son rôle de garant de l’ensemble du système socio-économique "en réprimant les opérateurs économiques fraudeurs, les agents de l’Etat corrompus et les responsables paysans corrompus". Les organisations de filières, les organisations paysannes, et autres acteurs du secteur apporteront leur concours en promulguant et appliquant des règles de fonctionnement claires, équitables et transparentes.
Il est souhaitable de faire une distinction entre le concept filière et le concept profession/interprofession. Les activités des filières sont verticales et par conséquent regroupent des ressources et/ou des exploitations n’étant pas forcément du même secteur (agriculture, artisanat, commerce), de même source de droit (droit civil, droit commercial), ne partageant pas forcément les mêmes intérêts. Des décisions communes sont rares. La filière est une organisation verticale. Les professions et interprofessions aboutissent à un développement horizontal (associations, coopératives, unions, fédérations et confédérations).




Vision paysanne de l’agriculture malienne