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Le site internet dédié à la

Loi d'Orientation Agricole du Mali

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fin 2005 et 2006
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Ce site est dédié à la Loi d'Orientation Agricole du Mali. Notre connaissance des différents aspects du processus associé à la LOA vient de notre implication comme acteur de la méthodologie des concertations. Nous rendons compte ici des aspects factuels et officiels du processus, mais aussi de notre point de vue particulier.

La plus grande partie de ce site est historique dans la mesure où il rend compte d'évènements qui se sont déroulés en 2005 pour les concertations, en 2006 pour l'adoption de la LOA et après pour sa mise en oeuvre. Cette dernière partie sera complétée dans la mesure des informations qui nous seront encore communiquées.

Cependant les questions soulevées lors des concertations et à l'occasion de la LOA restent d'actualité au Mali. Ces questions se posent aussi de manière proche dans les autres pays de la région. La rubrique "Analyse, proposition et débats" traite de façon ouverte de ces questions.


Edité par
avec le soutien de la Fondation Development Gateway

Loi d’orientation agricole

"Une politique agricole pour le Mali de demain"

Article publié le 7 février 2005 par Amadou Toumani Touré

Discours du Chef de l’Etat lors de la cérémonie de lancement du processus d’élaboration de la Loi d’Orientation Agricole

Koulouba, le 07 février 2005.

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi avant tout de vous souhaiter la bienvenue dans notre Maison commune et vous dire combien nous sommes heureux de la présence des représentants de tous les acteurs et partenaires du monde rural secteur si vital pour notre pays.

Notre rencontre d’aujourd’hui, c’est pour parler de notre agriculture, entendue au sens le plus large, sa situation, son rôle et son devenir. Naturellement comme moi, vous en mesurez toutes les potentialités, son apport au Produit intérieur Brut, au budget, sa part dans la création d’emploi, et bien entendu toutes les contraintes et difficultés qu’elle connaît :

- la précarité des producteurs,
- la faible valeur ajoutée,
- les prix et les cours mondiaux des produits d’exportation, pour ne citer que ceux-là.

Mais, nous sommes tous d’accord qu’une autre agriculture, est possible, avec l’ambition d’assurer la prospérité des producteurs - éleveurs, paysans, pêcheurs et exploitants forestiers - et la richesse de notre pays.

Mesdames et Messieurs,

A cet égard, je voudrais esquisser avec vous quelques traits des immenses potentialités agro-sylvo-pastorales de notre pays. Elles sont réparties sur tout le territoire national, avec d’importantes zones agro-écologiques spécifiques, notamment la zone cotonnière, le delta central du Niger, les Oasis, le Gourma, le Seno, le Haïré, le Bélédougou, la Zone lacustre et bien d’autres.

Le Potentiel combiné de ces différentes zones, c’est une trentaine de millions d’hectares de terres agricoles, dont plus de deux millions d’hectares, à vocation hydro-agricole. Rien que dans l’Office du Niger, les possibilités d’aménagements sont estimées à plus d’un million d’hectares.

Cette zone fournit à elle seule plus de la moitié de la production totale de riz, de sucre et d’oignon, alors que le blé provient du Nord du pays. A cela, il faut ajouter le coton au Sud, dont le Mali est l’un des plus grands producteurs d’Afrique.

Le cheptel malien est l’un des plus importants de l’Afrique de l’Ouest. Les modes de productions s’adaptent parfaitement aux conditions climatiques, qui permettent une production animale intensive et moderne. Il existe des races exotiques présentant des caractéristiques très recherchées sur les marchés extérieurs.

Bien que soumises à une forte dégradation, les ressources forestières, fauniques et halieutiques, recèlent de nombreuses filières porteuses pour l’économie nationale. Il s’agit essentiellement du karité, de la gomme arabique et d’autres fruits de cueillette.

Ce tableau montre bien l’importance de l’agriculture pour le Mali. Pour s’en convaincre, 43 % du PIB a pour source les recettes d’exportations agricoles.

Mesdames et Messieurs,

L’agriculture constitue, donc, l’atout majeur dont notre pays dispose pour assurer sa sécurité alimentaire et sa croissance économique. Les opportunités de développement des cultures et des productions animales sont considérables. C’est ce potentiel, ancré dans une forte tradition agricole, qui permettra à notre pays d’occuper pleinement sa place sur le marché sous-régional et continental.

Je sais aussi que l’agriculture malienne, est largement tributaire des aléas climatiques et doit faire face à plusieurs défis.

La poussée démographique, associée à une agriculture et à un élevage extensifs, a conduit à une dégradation constante des ressources naturelles.

Il en résulte parfois des conflits et surtout, une baisse des rendements des cultures, des difficultés de pâturage et d’abreuvement des animaux.

L’insuffisance des infrastructures et équipements ruraux, l’instabilité des prix des produits agricoles, la faible valorisation des produits agricoles du fait de l’inexistence d’une organisation efficiente des filières agricoles, affectent négativement la production nationale et la sécurité alimentaire.

Le paysan se trouve dans un état de précarité constante. Il exploite de la terre qui ne lui appartient pas. Il est confronté à d’incessants conflits fonciers. Dans la majorité des cas, il ne possède que des équipements rudimentaires, éprouve d’énormes difficultés d’accès au crédit et d’écoulement de sa production sur un marché pratiquant des prix peu rémunérateurs.

Et pourtant que d’efforts ont été fournis et des expériences tentées en quarante ans ! De nombreux projets et programmes ont été mis sur pied. Malgré des acquis notables, nous n’avons pu encore atteindre un taux satisfaisant de croissance économique et réaliser une sécurité alimentaire durable.

Mesdames et Messieurs,

Les défis auxquels nous devons aujourd’hui faire face sont toujours plus complexes et contraignants.

Ce sont ceux de :
- la décentralisation,
- la sécurité alimentaire,
- la lutte contre la pauvreté,
- l’intégration sous-régionale et
- la mondialisation.

Pour cela, nous devons être plus performants dans la production et la productivité, dans l’organisation de nos structures et de nos services techniques. De même, nous devons aller vers une plus grande responsabilisatIon, organisation et professionnalisation des acteurs du secteur rural.

Mesdames et Messieurs,

Dans mon Projet de société pour le Mali de demain, j’inscrivais déjà le développement de l’agriculture parmi mes priorités.

Dans la Lettre de Cadrage au Gouvernement, j’ai souligné l’impérieuse nécessité d’investir fortement dans le secteur rural pour en faire le moteur de la croissance économique de notre Pays.

Je vous propose d’ouvrir la voie à une modernisation de l’agriculture familiale, tout en permettant un véritable décollage de l’agro-industrie.

Nos efforts seront particulièrement concentrés sur la production, la transformation, la valorisation et la commercialisation des produits finis et semi-finis à partir des filières dans lesquelles notre pays dispose d’avantages comparatifs véritables.

Cela nécessite l’implication et le renforcement du Secteur Privé.

Notre appartenance aux cadres d’intégration Sous-régionale et Continentale constitue une opportunité qu’il faudra saisir par une meilleure organisation des productions et des Producteurs.

Ma Vision intègre, par ailleurs au plan local, toutes les dimensions de la politique de décentralisation. Celle-ci tient compte des réalités du Pays profond et de ses acquis. Elle a vocation à développer, valoriser et exploiter rationnellement toutes les potentialités existantes dans chacune de nos régions administratives et des zones agro-écologiques spécifiques, ainsi que le savoir-faire des populations.

Le renforcement du Processus de planification régionale devra impulser le développement local et le processus de transfert des activités aux collectivités.

Mesdames et Messieurs,

Je veux que l’agriculture soit le levier de la croissance de notre économie, et source de richesses pour nos populations, dans le cadre d’un Mali exportateur de produits agro-alimentaires, transformés et labellisés.

Il est temps de s’engager dans une approche volontariste afin de préparer l’agriculture du Mali de demain.

La Loi d’Orientation, que je vous propose, sera un véritable instrument de valorisation et de croissance de notre potentiel national. Cet acquis précieux, dont nous disposerons au terme de nos débats, constituera le bréviaire de toutes nos politiques et stratégies dans le secteur rural. Il nous permettra de nous attaquer aux problèmes du chômage, d’industrialisation, d’infrastructures et d’environnement.

Face aux enjeux de l’intégration sous-régionale, du NEPAD et de la mondialisation, notre pays disposera avec la Loi d’Orientation Agricole, d’un outil efficace qui nous aidera à nous préparer et à tirer profit de tous les accords internationaux.

Pour cela, je voudrais que nous mettions l’accent, dans nos débats, sur quelques thèmes fondamentaux, parmi lesquels :

- La question foncière : Elle est centrale et conditionne l’avenir de notre agriculture. Les débats doivent aboutir à la constitution de titres de propriétés dans les zones qui ont fait l’objet d’aménagement par l’Etat.

S’agissant des exploitations familiales situées dans les zones non aménagées, leur existence doit s’inscrire dans un régime foncier évolutif. Cela permettra une exploitation rationnelle et apaisée des ressources naturelles par tous les utilisateurs et fournira une assise juridique au droit d’usage des femmes, des hommes, garantissant à tous la possibilité d’investir à leur profit et à ceux de leurs enfants et petits enfants.

- Le statut des exploitations agricoles, de l’agriculteur, de l’éleveur, du pêcheur et de l’exploitant forestier doit être défini de façon à rendre lisible leurs droits et leurs obligations.

- La modernisation de l’agriculture : La modernisation d e notre agriculture passe par la mécanisation des modes de production qui constitue un axe fort de notre politique. Les équipements agricoles et de production devront être mécanisés, disponibles et accessibles.

- Le développement des filières : Il passe par la mise en place d’organisations interprofessionnelles fortes, représentatives et ouvertes sur les marchés. La création d’agences pour la promotion des filières implique d’une part, une gestion efficace et performante des filières, d’autre part, une valorisation des produits finis et semi-finis.

- Le financement de l’agriculture : Il doit mobiliser le système bancaire et les institutions de la micro-finance. L’Etat, dans un nouveau rôle, devra contribuer à appuyer les intervenants financiers pour mobiliser des ressources longues et lever les obstacles existants, notamment par une maîtrise des taux d’intérêts pratiqués pour le financement de l’agriculture. Dans cet esprit, il s’avère nécessaire de créer un Fonds pour le développement des activités agricoles qui servira à financer les grandes infrastructures collectives, nationales et inter-régionales et à faciliter l’accès au crédit des producteurs.

- La recherche scientifique et technologique et la vulgarisation : Elle doit associer davantage le secteur privé en l’amenant à participer au financement et à utiliser les résultats de la recherche. Nos capacités de recherches (semences, intrants agricoles, amélioration des races et protection du cheptel, protection des végétaux) doivent tenir compte des besoins de développement de nos filières porteuses. Le rôle fondamental revient au secteur privé.

- Ces conditions incitatives volontaristes faciliteront l’installation des jeunes dans le secteur agricole.

Mesdames et Messieurs,

La Loi d’Orientation Agricole sera d’abord ce que nous voudrons qu’elle soit. Pour cela, une approche concertée s’avère indispensable. Je propose que tous les acteurs du monde rural en général et les agriculteurs en particulier s’engagent dans un débat franc et direct. C’est à ce prix que l’on obtiendra une loi équilibrée qui permettra d’affronter avec succès les nombreux défis qui se posent à l’agriculture d’aujourd’hui et de jeter les bases de l’agriculture de demain.

Il s’agit aussi de faire jouer à l’Etat, un nouveau rôle d’impulsion et d’accompagnement, qui implique de profonds changements dans nos modes et habitudes actuelles de travail.

J’invite les responsables à prendre toutes les mesures nécessaires à l’accompagnement de ces évolutions en complémentarité avec tous les acteurs.

Un Conseil Supérieur de l’Agriculture réunissant les représentants de tous les acteurs sera créé afin de veiller à l’application de la loi d’Orientation Agricole, une fois celle-ci adoptée. Il sera l’organe d’orientation et de suivi permanent de toutes les questions relatives au développement de l’agriculture au Mali.

La Loi d’Orientation Agricole que nous allons élaborer ensemble est un immense chantier novateur à bien des égards. Nous devons être conscients que nous accomplissons l’œuvre d’une génération, en préservant la durabilité de nos ressources naturelles au service de l’agriculture du Mali de demain.

Pour conclure, je voudrais vous conter une anecdote qui résume assez bien le choix qui s’impose à nous :

"Il était une fois, deux Opérateurs Economiques, tous Marchands de Chaussures.

Samba et Demba, appelons-les ainsi, avaient décidé, un jour, d’aller en Prospection de Marché, dans une Contrée.

Le Premier, arrivé à destination, fait le tour du Pays et constate, à son Grand Etonnement, que les Habitants marchent, Pieds nus.

Samba, déçu par cette Découverte, s’exclame : rien à faire dans ce Pays où tout le Monde, Pieds nus, Marche !

Demba, le Second Marchand de Chaussures, devant le même Constat d’un Pays où tout le Monde Marche, les Pieds nus, s’écria, enthousiaste : quel Marché !"

Ces deux Visions, diamétralement opposées d’une même réalité pourraient s’appliquer à l’Agriculture Malienne, selon que l’on soit Pessimiste ou Optimiste, Fataliste ou Entreprenant.

Optimiste et entreprenant, c’est tout le sens de la Loi d’Orientation Agricole que je propose, pour l’émergence d’un secteur agricole moderne, économiquement rentable et profitable socialement.

Je vous remercie de votre attention.

Amadou TOUMANI TOURE

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